Le chant de la Mer – Tomm Moore

Titre: Le chant de la Mer

  • Réalisation: Tomm Moore
  • Scénario: Will Collins & Tom Moore
  • Musique: Bruno Coulais
  • Date de sortie : 2014
  • Genre: légende et fable écologique et humaine
  • Type : Film d’animation
  • Age: à partir de 7 ans
  • Nationalité : Belge, Danois, Français, Irlandais, Luxembourgeois
Tomm Moore :  est un réalisateur, scénariste, animateur, storyboarder et animateur de films d’animation originaire de la ville de Newry en Irlande du nord. Connu pour ses longs-métrages d’animation, il fonde en 1999 le studio Cartoon Saloon aujourd’hui connu dans le paysage mondial de l’animation grâce à plusieurs courts-métrages plusieurs fois primés. Pour son second long métrage, Tomm Moore nous fait découvrir son Irlande natale par ses légendes ainsi que son patrimoine naturel. Il nous raconte l’histoire poignante de Ben et de sa petite soeur Maïna, une “selkie” dont le chant peut délivrer les être magiques du sort que leur a jeté Macha la sorcière-hiboux. 
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Une histoire qui traite le deuil et la jalousie frère-soeur

L’histoire du chant de la Mer a la particularité de traiter des thèmes très durs pour des enfants : le deuil et la jalousie fraternelle.  Ben méprise sa petite soeur Maïna qu’il considère comme l’unique responsable de la “disparition” de leur mère. Cette animosité qu’il cultive depuis des années est mise à l’épreuve lorsque sa petite soeur est en danger à cause de sa nature de Selkie convoitée par la sorcière Macha.  Ce film est une approche idéale, poétique et subtile des questions de la perte d’un proche et de rivalité frère-soeur. Il n’est pas explicitement dit que la mère des enfants est morte, c’est plus grâce aux différents ressentis des personnages que l’on va comprendre le lien au deuil (la dépression et tristesse du papa, la colère et le rejet de Ben, et le silence de Maïna). De nombreux personnages comme le père et la grand-mère sont à comparer avec la sorcière Macha et son fils Mac Lir qui ont une histoire et une tristesse similaire. Le chant de la Mer est donc un film avec une double lecture assez complexe pour que l’enfant comprenne du premier coup, il est donc nécessaire qu’un adulte accompagne l’enfant lors du visionnage du film.

Une ode à la préservation de notre planète et nos légendes

Pour son second film d’animation, Tomm Moore a trouvé l’inspiration lors d’une promenade avec son fils sur une plage irlandaise :

 « C’est en vacances, sur la côte ouest irlandaise dans le conté de Dingle, avec mon fils Ben, alors âgé de 10 ans, que l’idée du Chant de la mer est née. Un matin, nous avons découvert de nombreux phoques échoués sur la plage. J’avoue que cette vision nous a profondément choqués. Ce massacre avait été perpétré par les pêcheurs qui les tenaient pour responsables de la raréfaction des poissons. Ce raisonnement est non seulement scientifiquement absurde mais le massacre des phoques n’a jamais fait revenir les poissons…Longtemps considérés comme des créatures sacrées, les phoques appartiennent depuis des siècles aux légendes celtes. Les marins pensaient qu’ils incarnaient l’âme des disparus en mer. Aujourd’hui leur espèce est menacée et ces légendes sont également en voie de disparition. Pourtant elles ne cessent de donner un sens à notre monde. Le Chant de la mer revisite ces légendes en s’inspirant entre autres de celle des Selkies. »

Appréciant les légendes en leur qualité de protéger ce qu’il y a de précieux dans le monde, Tomm Moore décida de créer un film d’animation traitant des thématiques de la sensibilisation du monde marin par les légendes locales. On y retrouve donc de nombreuses références à des contes et légendes irlandaises existantes :

  • -1987, c’est l’année où se situe l’action de l’animé. Tomm Moore explique ce choix par un constat, l’Irlande changea dans les années 1990 et commença à se mondialiser d’un point de vue culturel. Pour lui, la culture irlandaise fut submergée par cette mondialisation qui ne laissa que peu de place aux légendes.
  • Halloween : Toom Moore s’est inspiré de ses souvenirs d’enfance. En Irlande, Halloween et une fête très importante. Autrefois, cette nuit-là, il était possible de communiquer avec l’autre monde. Et ici dans le chant de la mer , le récit se déroule le 30 et le 31 octobre, ce qui justifie la présence de magie puisque le portail entre l’autre monde (la magie) et le monde  des humains est ouvert.
  • Les Selkie/Maïna : Dans le folklore irlandais et écossais. Jeune femme revêtant un manteau en peau de phoque dans le but de se transformer en phoque au contact de l’eau. La légende raconte que si un homme vole le manteau d’une Selkie, elle sera obligée de lui obéir. Mais l’homme aura tout intérêt à bien cacher ou brûler le manteau, car si elle le retrouve elle disparaîtra de nouveau dans l’océan. Il est déjà arrivé qu’une Selkie, après s’être fait voler son manteau, tombe amoureuse de l’homme à qui elle doit obéir et fonde une famille avec lui.
  • Les Sidhes : peuple surnaturel de la mythologie celtique, avec le temps il sont peu à peu oubliés pour maintenant être confondus avec les elfes et les fées.
  • Druide : les druides sont des sages du folklore celtique qui possèdent la sagesse et la connaissance. Le druide est représenté ici dans le personnage de Chinaki qui est un druide dont la chevelure contient toutes les histoires du monde. Il nous rappelle à quel point la transmission du savoir/histoire est essentielle et fondamentale pour la mémoire des générations à venir.
  • Mac Lir / Connor : Mac Lir est connu comme étant le dieu des océans, et le seigneur des tempêtes et du temps. Dans le film, il est raconté qu’il a créé les océans avec ses larmes après avoir perdu sa femme. Sa mère, la sorcière Macha, le transforme en pierre en aspirant sa tristesse pour éviter qu’il engloutisse les terres irlandaises.
  • Macha/La grand mère : Dans la mythologie celtique irlandaise, Macha est une déesse associée à l’amour, la guerre et la mort. Dans le film , elle est la sorcière qui aspire les sentiments et les émotions de ceux qui croisent son chemin en les transformant en pierre. Elle est aussi une sorte d’ avatar de la grand-mère de Ben vu leur histoire et leur design très proche.

     

    Tomm Moore possède une volonté de traiter des thèmes durs tout en faisant découvrir sa culture. Il confiera une fois lors d’une interview, sa vision du film d’animation aujourd’hui :

     Je suis un peu lassé de tous ces films d'animation qu'on croirait sortis du même moule, dit-il. C'est pour cela que j'admire quelqu'un comme  Hayao Miyazaki  qui rend la culture japonaise accessible au monde entier. J'aimerais en faire de même avec celle de mon pays»

    Style graphique et inspirations

    Pour réaliser le chant de la Mer, Tomm Moore est resté dans la lignée de l’univers graphique de son précédant film “Brendan et le secret de Kells”. Une de ses plus grandes influences est le trait du Yugo Serikawa pour le film “Le petit prince et le dragon à huit têtes”.  Mais pour la conception du Chant de la Mer, il s’est inspiré  du travail des peintres Paul Henry, de Klee, de Kandinsky et de Basquiat, ainsi que des sites archéologiques de Newgrange et des mégalithes en Irlande.

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Le chant de la Mer, est donc un film d’animation à voir au plus vite mais avec un accompagnement pour les plus jeunes. Spectacle visuel somptueux, très différent de ce que l’on voit en salle d’habitude. Un récit enchanté  extrêmement bien amené qui ne laisse pas insensible.

Mes suggestions  pour aller plus loin :

  • Livres/Romans : Ondine et Martin des éditions mémoires d’Océan qui propose les mêmes thématiques au niveau de la sauvegarde de la faune marine.
  • Jeu-vidéo : Child of light , un jeu de plateforme sous forme de conte traitant des notions de deuil et de voyage initiatique
  • FilmPonyo sur la Falaise de Hayao Miyazaki
  • Musique :  L’album Les filles de l’eau de Nolween Leroy, qui a prêté sa voix à la maman de Ben “Bruna” et qui chante le thème principal du film.
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Seasons after Fall

  • Titre: Seasons after Fall
  • Auteur: Swing Swing Submarine
  • Date de sortie : 2017
  • Genre: Conte écologique interactif
  • Type : Plateforme et énigmes
  • Age: à partir de 7 ans
  • Nationalité : Française
"Tu en as mis du temps à te réveiller, petit graine "

Projet en gestation depuis des années, Seasons after Fall est le dernier bijou visuel proposé par les studios Swing Swing Submarine connu surtout pour leurs puzzles game Tetrobot & co et Blocks that Matter. Si pendant longtemps on a associé ce studio à des jeux sans réelle saveur,  Seasons after Fall est quant à lui la petite graine de fantasme et d’ingéniosité qui était endormie pendant des années dans l’esprits de ses créateurs. 

"A force de dormir autant, tu pourrais un jour te perdre dans tes rêves, et ne plus jamais te réveiller"

Les quatre gardiens des saisons se sont endormis, l’équilibre naturel du monde est alors bouleversé par la disparition soudaine du cycle des saisons. Pour les réveiller, un esprit protecteur sous forme de petite graine lumineuse, surgit de sous terre pour prendre possession du corps  d’un renard sauvage pour partir dans cette quête fantastique semée d’embuches et d’énigmes.

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Et en route pour l’aventure avec notre petite boule de poils rousse ! 

Véritable fresque écologique et féerique

Jeu contemplatif et poétique, Seasons after Fall se démarque des jeux que l’on a l’habitude de voir sur les étagères des rayons de jeux vidéo de nos supermarchés. Ressemblant énormément au jeu “Ori and the Blind Forest” qui s’est démarqué par sa poésie et sa beauté, Seasons of Fall offre en plus un rythme doux et posé qui tend à la contemplation plus qu’à la recherche d’aventure et d’adrénaline.  Ici, le petit renard que l’on incarne sera notre guide dans un tableau aquarelle où toutes les couleurs et formes se mélangent avec harmonie.

Au cours de notre quête, notre petite graine/renard ira à la rencontre des fameux gardiens endormis : L’Ours de l’Hiver, la Grue de l’Automne, l’Anguille du Printemps et la Cigale de l’Eté qui à leur réveil nous donneront le pouvoir de modifier notre environnement comme geler les rivières, remonter le niveaux des eaux, ouvrir les plantes. Le but du jeu est de remettre en place l’équilibre naturelle des choses en utilisant notre pouvoir d’alterner les saisons pour progresser et résoudre les différentes énigmes qui se présentent à nous au cours de notre histoire.

Ce jeu ne demande pas une grande dose d’adresse ni d’un talent inné pour les énigmes et les casses-têtes. Il est facilement accessible à tous les âges tant dans son gameplay que dans son intrigue poétique qui repose sur une sensibilisation des problèmes écologiques.

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Seasons after Fall : un conte pour enfants interactif ?

Une des composantes intéressantes du jeu Seasons after fall est sa narratrice : Adeline Chetail, comédienne de doublage française connu pour avoir donné sa voix pour de nombreux personnages des studios Ghibli ( de Nausicäa dans Nausicäa de la vallée du vent à Kayo dans Le vent se lève).  Cette doubleuse offre au spectateur une nouvelle dimension au jeu en le transformant en authentique conte féerique et interactif. Durant tout le long du jeu, le petit renard se lie d’amitié avec ce conteur. Si les deux personnages ne se rencontrent jamais physiquement dans le jeu , on sent pourtant des sentiments sincères qui nous feront vite oublier n’importe quel récit sentimental à l’eau de rose.

La musique est elle aussi un élément à ne pas oublier : la bande musicale, qui se marie parfaitement avec les paysages naturels du jeu. Délicates,  douces et harmonieuses, les musiques de Seasons after fall permettent au spectateur de renforcer son expérience sensorielle dans son aventure au sein des ces décors fantasmagoriques.

Seasons after fall est donc une parfaite alternative du conte traditionnel que l’on lit le soir avant de dormir. Ici l’implication émotionnelle et personnelle permet  au spectateur de ressortir grandit de cette histoire écologique et poétique. A jouer de toute urgence si on apprécie l’oeuvre d’Hayao Miyazaki.

Mes suggestions  pour aller plus loin :

  • Livres/Romans : Le seigneur des anneaux de J. R. R Tolkien, fable écologique si l’on va au delà de la simple quête de l’anneau ; et Le petit Prince de Saint Exupéry 
  • Jeu-vidéo : Ori and the blind forest , conte interactif beaucoup plus rythmé mais qui propose une bande musicale inoubliable.
  • FilmLe jour des corneilles de Jean-Christophe Dessaint  et l’ensemble de l’oeuvre d’Hayao Miyazaki comme Nausicäa de la vallée du vent et Princesse Mononoke 

 

Les Ogres-Dieux de Hubert et Bertrand Gatignol

  • Titre : Les Ogres-Dieux
  • Auteur : Hubert
  • Illustrateur : Bertrand Gatignol
  • Nombre de tomes : 2 (en cours)
  • Début de publication : 2014
  • Genre : Conte noir
  • Age : adultes et adolescents

Les contes de fées ne seraient destinés qu’aux enfants ? EH BEN NON ! Hubert et Bertrand Gatignol se sont associés pour nous concocter un sublime conte cruel et dérangeant rien que pour nous autres adultes qui avons gardé notre âme d’enfant (sans l’insouciance et l’innocence )

Les Ogres dieux est une série de BD parue dans la prestigieuse collection « Métamorphoses » aux éditions Soleil. Elle a été réalisée par le scénariste Hubert,  et  le dessinateur Bertrand Gartignol.

Hubert n’est pas inconnu à ma bibliothèque, il est le scénariste de la sublime série « Beauté » et de la pétillante série « Miss Pas-Touche ». Chacune de ses séries nous plonge communément dans un univers merveilleux et fantastique. Mais si ses contes attirent l’œil des plus jeunes comme des plus grands, en réalité il vaut mieux faire attention à ce qu’aucun enfant ne mette la main sur un des albums des « Ogres-dieux ». Il n’en perdra pas la vue, mais aura peur des « il était un fois »

crQEaI “Alors Jean-Pierre ? Tu as aimé cette Histoire ?”

Il était une fois un géant nommé Petit

 Voici l’histoire de Petit : un petit ogre vivant parmi les géants ou un grand homme parmi les humains… A vrai dire tout ce que l’on sait, c’est que Petit est le fils du Roi des Ogres dieux, une famille d’Ogres gigantesques régnant par la violence et la peur sur le monde des hommes. Mais Petit est incroyablement minuscule comparé à ses confrères, si bien qu’il est rejeté par son père qui voit en lui qu’une demi-portion bonne à manger au dessert. Caché de force par sa mère parmi les servants-humains du château, Petit est tiraillé par l’éducation d’Ogre de sa mère qui voit en lui le sauveur de cette lignée dégénérée par les unions consanguines, et l’éducation humaniste et artistique de sa grande Tante Desdée et de ses nourrices humaines qui aspirent à un monde où humains et géants cohabiteront.

Mais quel chemin choisira Petit ? Va-t-il marcher dans les pas du Fondateur de sa lignée et donné un souffle de vie à cette famille qui se désagrège et se pervertit de jour en jour ? Où va-t-il mettre fin à des siècles de tyrannie en destituant sa propre famille ?

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Un conte Noir, en noir et blanc 

Véritable conte noir en noir et blanc, la série « Les Ogres-dieux » est le digne descendant des contes d’antan : à la fois cruel, horrifique et merveilleux. Bertrand Gatignol maitrise son trait, les trames de gris et les pleins de noir comme personne, qui donnerait même envie au plus puriste des amateurs de BD couleurs de lire cette saga en noir et blanc (chose Ô combien INTOLERABLE pour grand nombre de ces puristes…en temps normal). Ces albums de 150 pages chacun, sont de véritables bijoux  à ranger sur une étagère : on a cette impression de livre précieux d’autrefois avec ses enluminures et ses ornementations. Cependant, nous nous rendons vite compte à la lecture que cette bande dessinée est bien plus qu’une succession de cases, en effet l’histoire de Petit est entrecoupée des histoires de ses aïeux. A chaque début de nouveau chapitre nous avons droit aux archives de la famille des Ogres-dieux : des textes et des gravures narrant les histoires des ancêtres de Petit, du Fondateur à l’actuel Roi des Ogres. Ces pages apportent une profondeur au récit et une idée du passé glorieux de cette famille aujourd’hui en plein déclin.

Bertrand Gatignol et Hubert se sont inspirés des représentations mythologiques des ogres dont l’un des premiers était le dieu Saturne, connu pour avoir lui-même dévoré ses enfants. L’illustrateur s’est donc inspiré du très célèbre tableau “Saturne dévorant un de ses fils” de Francisco de Goya associé à l’oeuvre de Léonard de Vinci pour créer l’ambiance noire, glauque mais forte et symbolique de l’univers graphique des Ogres-dieux.

Je me suis totalement plongée dans le récit de Petit, de Desdée, de Yori et des autres personnages qui composent l’univers es Ogres-dieux. Mes goûts pour les mondes imaginaires, les histoires bien ficelées et les illustrations somptueuses   ont été pleinement  satisfaits par cette bande dessinée de la magnifique collection “Métamorphoses” . J’ai redécouvert le plaisir de lire un conte pour la première fois, un conte répondant plus à mes critères de jeune femme de 23 ans que de petite fille de 8 ans.

Les Ogres-Dieux est donc un récit à ne pas manquer pour les amateurs de récits fantastiques et gothiques. A la fois Grandiose, Épatant et Sensationnel, cette bande dessinée nous plonge dans une ambiance à la fois sublime et pathétique qui ne nous laissera pas de marbre.

Bienvenue chez les Ogres-Dieux

Mes suggestions  pour aller plus loin :

  • Livres/Romans : Le conte des contes de Giambattista Basile, la base de la base des contes de fées d’antan.
  • Bande-dessinée : Beauté de Hubert et Kerascöet , série emblématique de Hubert qui nous plonge dans un autre de ses contes merveilleux et cynique ;  et l’attaque des titans de Hajime Isayama qui séduit par sa mythologie autour de titans mystérieux.
  • Film : Tale of tales de Matteo Garrone , film qui nous narre trois contes tragiques dans un décor à la fois élégant et écoeurant.
  • Musique: Les albums du groupe Of monsters and men, véritable fresque fantastique et sombre avec une ambiance nordique

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" Gloup Gloup Gloup Gloup … Laissez le poisson guider votre lanterne"